Yézidis
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Au cœur du sanctuaire des yézidis dans la vallée de Lalish

Article initialement publié en octobre 2014, réécrit et enrichi en septembre 2026.

La lecture récente d’un récit mettant en scène une rescapée yézidie a ravivé en moi le souvenir d’un voyage exceptionnel effectué en octobre 2013 à Lalish, le sanctuaire le plus sacré des yézidis, au Kurdistan d’Irak. Dix mois plus tard, cette communauté allait être victime du génocide perpétré par l’organisation État islamique. Je republie aujourd’hui ce témoignage et ces photographies d’un monde découvert avant la catastrophe.

Notre arrivée au sanctuaire de la Vallée de Lalish

En octobre 2013, dix mois avant le génocide perpétré par l’organisation État islamique contre les yézidis du Sinjar, Stéphane Tellier, alors directeur de l’Institut français d’Erbil, Jutta, chercheuse associée au Goethe-Institut et spécialiste de la culture yézidie, notre guide yézidi établi en Allemagne et moi-même avons eu l’immense privilège de découvrir la vallée sacrée de Lalish, au Kurdistan d’Irak.

Nous y avons connu un moment de quiétude et de douceur de vivre inoubliable. Le souvenir de cet accueil rend plus douloureux encore ce qui devait survenir dix mois plus tard : en août 2014, l’organisation État islamique lançait son offensive contre les yézidis du Sinjar, massacrant, enlevant et réduisant en esclavage des milliers d’entre eux.

Quelques photos de la vie des Yézidis dans la vallée de Lalish

La vallée de Lalish est un lieu sacré et important pour la communauté yézidie en Irak. Les Yézidis sont une minorité religieuse qui pratique une religion distincte avec des croyances et des rituels uniques. Les yézidis considèrent Lalish comme le lieu le plus saint . Ce lieu se situe dans le district de Shekhan, au nord-est de Mossoul.

Une brève histoire des Yézidis

Cette brève présentation historique s’appuie sur les travaux du docteur Ephrem-Isa Yousif, spécialiste des civilisations et de la philosophie, écrivain et directeur de la collection « Peuples et cultures de l’Orient » aux éditions L’Harmattan.

Les origines du yézidisme sont très anciennes et s’inscrivent dans l’histoire religieuse du Moyen-Orient. Le mot « yézidi » pourrait dériver des termes iraniens anciens Ezid ou Yezdan, désignant Dieu, ou de Yazata, une créature divine digne de vénération.
En 2006 on estime la population yézidie à 500 000 personnes, la majorité vivant au nord de la Mésopotamie, près de Mossoul. La plupart d’entre eux parlent le kurmanji ( kurde du nord). La communauté yézidis vit principalement en Turquie, en Syrie, Iran, Georgie, Arménie et Europe.


Une longue histoire de relations cordiales a traditionnellement existé entre yézidis et assyro-chaldéens-syriaques, les deux groupes minoritaires qui ont habité le nord de l’Irak depuis l’Antiquité.
Les gouvernements successifs de l’Irak, dans le but de maintenir une chimérique unité entre ses populations ont constamment persécuté les yézidis en les maintenant dans des situations de pauvreté et de précarité.

Une visite extraordinaire

Etre autorisé à visiter le lieu sacré des yézidis, Lalish, est un immense honneur. Lalish est entourée de montagnes et porte une haute valeur symbolique car c’est ici que se trouve la tombe de Cheikh Adi ibn Musafir. C’est un haut lieu de pèlerinage et de culte religieux.

Selon les chercheurs,  Cheikh Adi ibn Musafir, mystique célèbre, a vécu au début du douzième siècle. Après avoir étudié la théologie à Bagdad il s’est retiré dans la vallée de Lalish. Il a vécu une vie monastique, loin de la société, en état de méditation spirituelle. De nombreux disciples l’ont suivi et une communauté s’est formée autour de lui. Il est mort en 1162 mais son influence a continué à grandir. Sa tombe est devenue un point central de la foi yézidie et un important lieu de pèlerinage. Il n’existe pas d’écrits de sa parole qui se transmet oralement.

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l’arbre à voeux

Visite du temple et de la source sacrée

Dès notre entrée dans la vallée sacrée, Stéphane, Jutta et moi avons retiré nos chaussures, conformément à l’usage observé dans l’ensemble du sanctuaire. À l’entrée du temple, il fallait également prendre soin d’enjamber le seuil sans jamais poser le pied dessus. Selon notre guide, seul Cheikh Adi était autorisé à poser le pied sur ce seuil.

Les membres du clergé Yézidi portent un turban, une tunique et des pantalons blancs.

Les symboles qui ornent les temples de Lalish sont importants pour la foi yézidie et représentent des aspects de leur cosmologie et de leurs croyances.

A l’intérieur du temple nous avons longé une vaste galerie de 30 mètres de long et 12 mètres de large pour arriver jusqu’à une grande chambre, le Saint des Saints, la tombe haute de Cheikh Adi ibn Musafir, un grand sarcophage recouvert d’un tissu vert.

Ce jour-là nous avons suivi tous les pèlerins et tourné 5 fois autour de la tombe.

Notre guide, un homme instruit issu de la communauté yézidie d’Allemagne nous a fait découvrir la source sacrée, où il est d’usage de lancer des pièces.

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notre guide devant la source sacrée

Lors de ce pèlerinage, l’un des rituels consiste à lancer un foulard, les yeux bandés, sur un petit monticule tout en exprimant intérieurement un voeu. Au bout de 3 essais, si le foulard atteint sa cible, le voeu se réalisera. J’avais formulé le vœu d’emmener une compagnie française participer au Festival international de théâtre Fadjr, en Iran. Il s’est réalisé en janvier 2014 : cette compagnie de hip-hop fut la première à fouler le sol iranien. Mais ceci est une autre histoire…

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le voeu et le lancer de foulard

Nous avons eu le grand honneur de déjeuner avec le prince des Yézidis. Jutta et moi étions les seules femmes conviées à ce banquet, dont les agneaux avaient été longuement préparés par les femmes yézidies. Le repas se déroulait dans une vaste salle rectangulaire, bordée de bancs sur lesquels les invités et les personnes importantes de la communauté avaient pris place, côte à côte. À l’une des extrémités siégeait le prince. Au centre de la pièce, de hautes tables accueillaient les mets, que chacun venait déguster debout, à son tour.

Je n’ai bien entendu pris aucune photographie de ce moment empreint d’une solennité toute particulière, presque sacrée.

Viviane Bonnier