Exode de Messolonghi
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Sur les traces de l’Exode de Messolonghi Une randonnée culturelle entre lagune et mémoire

Lorsque Leïla m’a demandé quelle était l’histoire de l’Exode de Messolonghi, je me suis rendu compte que, malgré les trois remarquables tomes d’Olivier Delorme (La Grèce et les Balkans) que je possède, je connaissais en réalité assez mal cet épisode pourtant essentiel et complexe.

Alors, pour accompagner le récit de cette randonnée organisée par Atrapos dans le cadre des commémorations des 200 ans de l’Exode de Messolonghi, j’ai décidé de me plonger davantage dans cette page d’histoire… et de vous la raconter ici.

Nous sommes donc partis le dimanche matin à 7h30 du centre d’Athènes, comme à notre habitude, pour un trajet d’environ trois heures. La météo était idéale, ce qui nous a permis de débuter la randonnée dans d’excellentes conditions. Nous avons gravi environ 200 mètres de dénivelé et parcouru près de six kilomètres pour suivre le chemin emprunté par les défenseurs de Messolonghi jusqu’à l’Arakynthos, depuis le monastère de Saint-Syméon — là où les colonnes de l’Exode devaient se rejoindre (itinéraire fourni par Atrapos) — avant de redescendre vers le bus.

Celui-ci nous a ensuite conduits à l’intérieur des remparts de Messolonghi, où s’achevaient trois jours de célébrations de l’Exode de Messolonghi (l’Exodos), en présence de nombreuses personnalités politiques et médiatiques.

Après la visite du Jardin des Héros, ce « panthéon » à ciel ouvert où l’on vient rendre hommage aux martyrs, j’ai été particulièrement frappée par une scène : des femmes, souvent jeunes, se penchaient vers des icônes pour les embrasser. Non pas des icônes religieuses, mais des représentations liées aux batailles, au siège et à l’Exode de Messolonghi.

Un geste fort, intime, chargé de mémoire.

En embrassant ces images, on ne célèbre pas un saint au sens classique, mais on honore des ancêtres-martyrs. Pour les habitants, les combattants de 1826 sont des saints laïcs. C’est sans doute ce qui explique l’intensité de cette dévotion : un mélange de foi orthodoxe et de mémoire familiale.

J’ai capturé ces instants, à la fois émouvants et profondément touchants.

L’Exode de Messolonghi : une dévotion qui traverse les siècles

De retour à Athènes dans la soirée, ce que j’avais vu à Messolonghi appelait une compréhension plus profonde. J’ai alors rouvert le texte d’Olivier Delorme consacré à cet épisode — un passage que je partage ici.

L’Exode de Messolonghi raconté par Olivier Delorme

«  Depuis la fin avril 1825, les Turcs avaient mis de nouveau le siège devant Missolonghi qui devait devenir le symbole , en Europe, de cet esprit de résistance et de sacrifice. Car les assiégeants ne parvenaient à rien. Appelé à la recousse, Ibrahim arrive sous les murs de la ville au début de janvier 1826. Miaoulis n’en parvient pas moins à ravitailler les assiégés par la mer. Mais le rapport de force leur est désormais massivement  défavorable. La ville est écrasée par l’artillerie égyptienne. Les défenseurs, grecs et albanais, repoussent pourtant, en février, l’assaut des 12 000 hommes d’Ibrahim. 

La faim s’ajoutant à la pression militaire, les responsables de la ville décident cependant d’évacuer la population et d’abandonner la place- en secret. Trois colonnes sont formées, des femmes et des vieillards, prennent les armes encore disponibles et, à minuit le 22 avril 1826, commence ce que les Grecs nomment l’Exodos- le mot désigne aussi bien la sortie que l’Exode biblique. Réalité ou légende? Comme aux Thermopyles en 480 avant J.C, seule la trahison peut avoir raison de l’héroïsme: des Albanais jouant double jeu auraient prévenu Ibrahim. Au lieu de trouver les troupes de Karaïskakis, deux des colonnes se font massacrer par les Egyptiens. Moins d’un quart des évacués ( entre 7000 et 10 000 suivant les sources) parviennent à s’échapper.

La troisième colonne rebrousse chemin : les assiégeants pénètrent à sa suite dans la cité. Femmes, enfants, vieillards, blessés, infirmes sont torturés et massacrés; 3000 têtes sont alignées sur les remparts. Les survivants sont vendus comme esclaves. Pour échapper à l’un ou l’autre sort, les ultimes défenseurs, militaires et civils, se font sauter dans la poudrière de la ville après y avoir attiré les assaillants.

Ibrahim a enlevé Missolonghi; les Turco-Egyptiens ont définitivement perdu la bataille des opinions. A Paris , deux expositions « au profit des grecs » sont organisées: la galerie Lebrun présentent des oeuvres exaltant la bravoure grecque(…) Delacroix d’abord, bien sûr. Son allégorie de La Grèce sur les ruines de Missolonghi- seule, pliant le genou sur un amas de ruines d’où émerge le bras d’un cadavre, les mains vides et ouvertes dans un geste de désespoir et de supplique, poitrine couverte mais offerte, tandis qu’un Egyptien triomphe, drapeau en main, à l’arrière plan- est comme le négatif tragique de «  La Liberté guidant le Peuple »   qu’il peindra en 1831- elle qui, poitrine découverte mais conquérante, guide une foule bientôt victorieuse en brandissant drapeau et fusil, tandis qu’à ses pieds gît le cadavre d’un soldat vaincu. La Grèce sera aussi la véritable vedette du Salon de 1827 et, dès juin 1826 Hugo écrit un long poème, «  Les têtes du sérail » dédié au martyre de Missolonghi, que clôt un vibrant appel à l’intervention des Européens. (…) »

La défaite de Missolonghi est un coup dur pour les Grecs; elle ne décide pas pour autant du sort de la guerre 

Olivier Delorme «  La Grèce et les Balkans, tome I »


Messolonghi, « Ville Sacrée » et mémoire vivante

Exode de Messolonghi
Commémoration de l’Exode de Messolonghi @Viviane P.

Le titre officiel de « Ville Sacrée » (Iera Poli) a été décerné à Messolonghi par décret de l’État grec en 1937. Il ne s’agit donc pas d’une distinction religieuse, même si la foi y joue un rôle essentiel.

Aujourd’hui encore, Messolonghi demeure un lieu de mémoire profondément vivant. Chaque année, lors du dimanche des Rameaux qui marque l’anniversaire de l’Exode, des milliers de personnes s’y rendent, portées par un sentiment d’appartenance à la fois national et spirituel.

Jusqu’au 3 mai 2026, une exposition consacrée à l’Exode de Messolonghi (1826) est également présentée au Musée Benaki d’Athènes, prolongeant, deux siècles plus tard, la mémoire de cet événement fondateur.

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