Trafic illicite des biens culturels
Conférence à Athènes

ANCHISE et le musée virtuel de l’UNESCO : agir et raconter face au trafic illicite des biens culturels

Face à l’ampleur croissante du trafic illicite des biens culturels, l’Europe et les organisations internationales développent aujourd’hui des réponses complémentaires mêlant innovation technologique, coopération institutionnelle et sensibilisation du public. Le projet européen ANCHISE, coordonné par l’École française d’Athènes, et le UNESCO Virtual Museum of Stolen Cultural Objects illustrent deux approches distinctes mais convergentes : agir concrètement contre le trafic illicite des biens culturels et rendre visible, par le récit et le numérique, la mémoire des œuvres disparues

Le trafic illicite des biens culturels constitue l’une des formes les plus lucratives de criminalité organisée à l’échelle mondiale. Alimenté par les conflits armés, les fouilles illégales, la demande du marché de l’art et la circulation transfrontalière des objets, ce phénomène entraîne une perte irréversible pour les communautés d’origine et pour le patrimoine mondial. La lutte contre le trafic illicite des biens culturels est désormais reconnue comme un enjeu culturel, sécuritaire et politique majeur.

C’est dans ce contexte qu’a été lancé ANCHISE, un projet financé par l’Union européenne dans le cadre du programme Horizon Europe. LÉcole française d’Athènes dans le cadre de ses activités, coordonne depuis février 2023 ce projet , dont la mission est de lutter contre le pillage archéologique et le trafic illicite des biens culturels.

Alors que ce projet triennal arrive à son terme, et dans le prolongement des démonstrations de terrain, des ateliers de formation et des séminaires en ligne couronnés de succès déjà organisés, Athènes a accueilli, du 14 au 16 janvier 2026, l’ANCHISE Final Forum, intitulé « Protecting Heritage Together: Innovative Solutions against Trafficking of Cultural Goods ».

Anchise et le trafic illicite des biens culturels

ANCHISE vise à renforcer les capacités des professionnels confrontés au trafic illicite des biens culturels : archéologues, conservateurs de musées, forces de l’ordre, douanes et autorités patrimoniales. Le projet entend fournir des outils concrets pour prévenir les pillages, identifier les objets volés et améliorer la coopération entre acteurs européens et internationaux.

L’approche d’ANCHISE repose sur une combinaison de technologies innovantes et de méthodologies éprouvées. Photogrammétrie 3D, intelligence artificielle appliquée à l’analyse d’images, protocoles de documentation partagés : autant de solutions destinées à lutter plus efficacement contre le trafic illicite des biens culturels, notamment lors des contrôles aux frontières ou dans les collections publiques et privées. L’objectif est clair : rendre le trafic plus difficile, plus risqué et plus visible.

Dans ce dispositif, le rôle des réseaux professionnels est central. Le Conseil international des musées ( ICOM) participe à ANCHISE en mettant à disposition son expertise et son réseau mondial de musées. En diffusant des normes et des bonnes pratiques, l’ICOM contribue à renforcer la vigilance des institutions face au trafic illicite des biens culturels, tout en favorisant l’usage concret des outils développés par le projet européen.

Sur le plan policier et judiciaire, la lutte contre le trafic illicite des biens culturels implique également des agences spécialisées comme Europol. L’agence européenne de police coordonne des opérations transnationales visant à démanteler les réseaux criminels impliqués dans le pillage, le recel et la vente illégale d’objets culturels. Ces actions montrent que le trafic illicite des biens culturels n’est pas un crime marginal, mais une activité structurée, souvent liée à d’autres formes de criminalité organisée.

En parallèle de ces réponses opérationnelles, l’UNESCO a choisi d’agir sur un autre terrain : celui de la sensibilisation et du récit. Avec le UNESCO Virtual Museum of Stolen Cultural Objects, l’organisation propose un musée numérique consacré aux objets culturels volés ou disparus à cause du trafic illicite des biens culturels. Cette plateforme immersive ne se présente pas comme une base de données policière, mais comme un espace éducatif et symbolique, destiné à rappeler l’impact humain et culturel de ces pertes.

Le musée virtuel expose des objets absents, souvent jamais retrouvés, en racontant leur histoire, leur signification et les circonstances de leur disparition. Il met ainsi en lumière les conséquences du trafic illicite des biens culturels sur les communautés d’origine, tout en valorisant les cas de restitution réussie. À travers cette démarche, l’UNESCO transforme la lutte contre le trafic en un enjeu de conscience collective.

La complémentarité entre ANCHISE et le musée virtuel de l’UNESCO apparaît alors évidente. ANCHISE agit en amont, sur le terrain, pour prévenir et combattre le trafic illicite des biens culturels à l’aide d’outils techniques et de coopérations institutionnelles. Le musée virtuel, lui, agit en aval, en donnant une visibilité publique à ce qui a été perdu et en rappelant pourquoi la lutte contre le trafic illicite des biens culturels est essentielle.

À travers ANCHISE et le UNESCO Virtual Museum of Stolen Cultural Objects, l’Europe et l’UNESCO montrent que la lutte contre le trafic illicite des biens culturels ne peut se limiter à une seule approche. Elle nécessite à la fois des outils concrets pour agir, identifier et prévenir, et des espaces de narration capables de sensibiliser le public à la valeur du patrimoine et aux conséquences de sa disparition. Entre action technologique et mémoire culturelle, ces initiatives dessinent une réponse globale à l’un des défis patrimoniaux majeurs de notre époque.